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Association Droit Philosophie

Lyon 3

EDA #5 - Noëline Vergnaud (Élève avocate, EDARA)

Le 01/04/2021
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Perdu dans votre orientation ? Vous n’avez pas d’idée de master, vous ne savez pas quoi faire après la double licence ? Ou vous avez des idées sans savoir précisément de quoi il en ressort ? L’ADPH sort une série d'articles sur l’orientation des anciens droits-philos pour répondre à toutes vos questions.

 

Aujourd'hui, c'est Noëline Vergnaud, de la promotion 2018, qui a accepté de répondre à nos questions.

 

 

Peux-tu nous présenter ton parcours?

 

Avant la double licence Droit-philosophie, j'ai fait un Bac scientifique. Après, j'ai fait le Master 1 de droit public général de Lyon 3. Le M1 se terminait en mai, et j'étais inscrite aux épreuves du CRFPA de septembre. J'ai validé mon M1, mais je n’ai pas été retenue en M2, pour niveau insuffisant. J'ai tenté de nouveau l'année suivante de rentrer en M2, mais là encore n'ai pas été prise car la sélection était passée en M1 et donc les places en M2 étaient prises par ceux ayant fait le master 1 correspondant l'année précédente (ndlr : ce fut l'année de la réforme de la sélection en Master). J'ai également échoué aux écrits du CRFPA de septembre 2019. Je me suis donc retrouvée en octobre à me demander ce que j'allais faire de ma vie ! Comme je savais que je voulais être avocate, je me suis réinscrite au concours. Là, j'ai fait un stage en cabinet d'avocats de 6 mois (de septembre à mai), puis j'ai repris la préparation intensive du CRFPA et je l'ai eu en septembre 2020 avec une excellente moyenne. En janvier 2021 je suis rentrée à l'école des avocats (EDA) de Lyon (l’ecole des avocats Rhône-Alpes (EDARA))

 

Comment s'est passé l’examen d’entrée au Centre Régional de Formation Professionnelle d’Avocats (CRFPA) ?

 

Les écrits se déroulent la première semaine de septembre, bien que cette année ça ait été décalé au 13 septembre. Tu as une semaine d'épreuves avec une épreuve par jour en général l’après midi. A l'arrivée des résultats, en général fin octobre (un mois et demi plus tard), soit tu as au moins 10 de moyenne pour les écrits et tu vas aux oraux qui se déroulent début novembre, soit tant pis pour toi pour cette fois-là. Les oraux se déroulent sur les 15 premiers jours du mois de novembre. Les résultats sont le 5 décembre, et il faut t'inscrire à l'EDARA en 72h ! La rentrée à l'école se fait le 5 janvier. Attention : Si tu attends les résultats des écrits pour commencer à préparer le grand oral, tu n'auras plus assez de temps. Il faut se remettre à réviser tout de suite après les écrits, sans avoir encore tes résultats. 

Passer le CRFPA c’est toujours stressant, c’est beaucoup d’investissement mais c’est aussi une expérience très enrichissante qui permet de perfectionner ses connaissances et d’apprendre beaucoup sur soi-même. Être inscrite à l'Institut des études juridiques ajoute environ 5 heures de cours sur ton emploi du temps, mais pour que ce soit efficace, il faut bien préparer les exercices prévus pour la séance, ce qui rajoute pas mal de travail. L'IEJ de Lyon n'est pas forcément recommandable, surtout en sachant qu'il est presque aussi cher qu'une prépa privée qui vous préparera mieux. 

La première année j’étais assez stressée pour les écrits, la seconde année j’étais beaucoup plus sereine je me sentais prête, j’avais hâte d’en découdre avec les épreuves. Pour le Grand Oral il y a toujours énormément de stress aussi mais comme pour les écrits je me sentais bien préparé et j’ai pu y aller en étant plutôt sereine. Je suis plutôt à l’aise à l’oral donc les oraux m’effrayaient moins que les écrits, et ce, notamment grâce aux ateliers d’éloquence qui avaient été organisés au sein de la double licence. 

 

Peux-tu nous présenter l'école ?

 

Je suis élève avocate à l’École des Avocats Rhône-Alpes (EDARA) qui se trouve à côté du Tribunal Judiciaire (Place Guichard). L'école se passe en 3 étapes, 18 mois : 6 mois de cours avec 1 mois d’immersion en cabinet d’avocat au mois de Février, 6 mois de projet pédagogique individuel(PPI), c'est-à-dire en stage où tu veux dans le milieu juridique sauf en cabinet d'avocat (entreprise, juridiction, association etc). Tu peux aussi faire un Master 2, à la discrétion de l'administration de l'école.. Enfin, on a 6 mois de stage final en cabinet d'avocat, puis on passe le CAPA, et enfin vient la prestation de serment.

L'inscription à l'école, aujourd'hui, coûte, en plus des 125€ d’inscription à l'examen, environ 1580€ de frais d’inscription à l’école, et on a pas toujours la possibilité de payer en 3 fois! Si tu veux aller dans une autre région, autant s'inscrire directement à l'Institut d'étude judiciaire de cette région, puisque tu es affilié à l'EDARA de la région ou tu es inscrit; tu ne peux changer que sur demande et si l’autre école a de la place. Chaque école a ses spécificités.

 

Comment sélectionne-t-on les matières que l'on étudie à l'école ? Est-ce que le fait d'être publiciste pose un problème ?

 

Oui et non. Pendant les 6 mois de cours, tu choisis une option pour le mois de foisonnement, mais ce n'est pas forcément celle que tu choisiras pour ton CAPA. Donc la spécialité que tu choisiras pour ton métier d'avocat ne sera pas forcément celle que tu choisis à l'école, tu peux décider de découvrir d'autres matières. 

De plus, pendant la période de cours tu vois presque toutes les matières de la procédure civile, de la procédure pénale et de la procédure administrative. A l’école on fait des exercices pratiques (rédactions de conclusions, etc) dans toutes les matières : sociale, européens, pénal,... donc il faut être capable de maîtriser les grandes bases de toutes les procédures . En tant que publiciste, je ne connais pas grand-chose à certaines de ces matières. J'ai révisé les grands principes pour mon grand oral, donc je connais la présomption d'innocence, la garde à vue... Mais, écrire les actes, c'est différent ! Il y a du travail personnel à fournir, mais après 5 ans de droit, on a des réflexes suffisants. Être publiciste, ça ne me dérange pas et je ne pense pas que ça me porte préjudice. Quand on fera la procédure administrative, les privatistes seront perdus ! De plus, beaucoup de filières du droit privé sont bouchées. Par exemple, aujourd'hui, à l'EDARA, il n'y a pas de filière pénale. Dans la pratique, quand tu es avocat, tu peux te spécialiser en passant des certificats de spécialisation après l’école. Le plus important, c'est la pratique et l’investissement personnel. 

 

Peux-tu faire un stage de plus à côté, avec si peu d'heures ?

 

C'est prévu pour ça ; en février, tu as le mois d'immersion, qui te permets de faire un stage. Tu trouves facilement, puisque comme le stage dure un mois ils ne sont pas obligés de te payer. Ensuite, de mars à fin mai, tu as les jeudi et vendredi de libre, pour que tu puisses faire un « stage optionnel », qui est en pratique une alternance. La plupart des élèves sont en cabinet d'avocats, mais ce n’est pas une obligation, certains ont préféré garder leur job “alimentaire” d’autres profiter de leur temps libre. Le contenu des stages est très varié ; tu peux tomber sur le stage parfait comme sur des stages horribles. Pour ça, l'EDARA est bien, tu fais remonter, ils ne te laisseront pas dans un stage où on te “maltraite”. Presque tout le monde trouve des stages, sauf si vous avez un cabinet spécifique en tête et que s’il ne vous prend pas, vous ne souhaitez pas aller ailleurs. L’EDARA a son propre réseau et met des annonces de stage pour ceux qui ne parviendraient pas à trouver. Personnellement, j’ai eu de la chance. L’avocat chez qui je fais mon stage cherchait quelqu'un à ce moment-là. Et puis la différence, c'est que j'avais fait beaucoup de recherches. Je voulais aller en droit de l'environnement, et j'ai fait des recherches sur tous les cabinets de Lyon, parce que je ne voulais pas me retrouver à défendre Total ou Monsanto ! Et j’ai eu un vrai coup de cœur pour son cabinet dont je partageais l’engagement. J’avais donc fait une lettre assez personnelle. Je lui ai également dit à la fin, que, cartes sur table, je n'avais pas toutes les compétences, n’ayant pas de M2, mais que j'étais ultra-motivée et que ma volonté n’avait d'égale que celle de Kant. Ça lui a beaucoup plu.

 

Quelle est la plus grande différence entre l'école et la faculté ?

 

L'autonomie, clairement, et le côté professionnel. Les intervenants savent que l'élève va être leur nouveau confrère dans 6 mois ; de plus, la moyenne d’âge est au dessus de 25 ans donc la plupart des élèves ont déjà une vie à coté, notamment une vie professionnelle. C'est donc aussi plus dur d'avoir un esprit de promotion comme à l’université.

 

Qu’est-ce que la double licence t'a apporté pour ton parcours ?

 

Déjà pour le grand oral. J'avais toute une culture philosophique que les autres n'avaient pas. Pour briller dans l'introduction c'est parfait. Ça a aussi été apprécié sur mon CV par l'avocat chez qui je fais mon stage actuellement. Et puis ça m'a beaucoup apporté humainement. Pour le master, ce n’était peut-être pas flagrant, puisque c'était un master de droit, mais même là j'ai l'impression que ça faisait la différence entre moi et une autre personne. 

Et d’une manière générale, en société ou avec des collègues, la philosophie me permet d’être à l’aise dans la plupart des discussions. Par exemple, quand on parle de droit pénal et de la situation des prisons avec d’autres élèves avocats, je ne maîtrise pas le sujet autant qu’eux, mais je ne suis pas largué pour autant, notamment grâce à la philosophie du droit pénal qui me permet de connaître tout l'historique de la prison. Et je peux alors participer à la discussion.

 

As-tu continué la philosophie ?

 

En termes de cours ou de conférences, non, je n'ai pas le temps. Mais j'adore toujours autant la philosophie, et ça me prend souvent de relire mes livres de philosophie. Plus tard, peut-être dans mes vieux jours, je reprendrais la philosophie comme il faut c'est sûr. Le droit c'était une vocation, mais quand j'ai découvert la philosophie au lycée, ça m'a transcendée. Je ne me voyais pas en faire ma vie mais je ne me voyais pas m'arrêter, donc, cette double licence, c'était une vraie opportunité pour moi.

 

Est-ce que tu as le temps de faire autre chose à côté de l'école ?

 

Oui, j'ai continué tous mes engagements associatifs, notamment dans le réseau Entourage, pour le WWF et je participe à trois des pôles de l'association des élèves avocats. Tu as le temps de faire des choses. De plus, je suis très engagée pour l'environnement même dans ma vie privée; mon mode de vie zéro déchet me prend aussi du temps, sans compter les manifestations, etc... Mais c'est tout à fait possible, la majorité des élèves avocats font d’autres choses à côté de l’école, certains ont même le temps d’être chargés de TD.

 

Des choses que tu aurais aimé savoir avant de te lancer ?

 

Peut-être que je serais refusée en M2 et que ça ne me bloque pas dans ma vie ! Ou aussi que les notes n’ont pas d'importance. Vraiment. J'ai validé ma licence à 10 de moyenne générale, souvent sauvée par la philosophie ! Pourtant avec l'avocat chez qui je suis, ça se passe super bien, et à priori il souhaite m’engager à la fin de l’EDARA . J'avais de mauvaises notes alors que c'était ma vocation ! Mais dans la pratique, jamais je ne rédige de commentaires d'arrêt ou d’exercices universitaires. On m’évalue sur la qualité de mon raisonnement !

 

As-tu un conseil aux membres actuels de la double licence ?

 

Ne baissez pas les bras. Accrochez-vous, restez déterminés. Ne vous attardez pas sur les notes, ne vous découragez pas lorsque vous rencontrez des obstacles, parce que vous pouvez y arriver.

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